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Les prépas sont-elles exclusivement réservées aux élites ou les forment- elles ?

 

 

             CONSTAT

 

    Les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur sont un phénomène connu et relativement bien analysé. En effet, l’origine sociale a une incidence sur le choix, la nature et la durée des études. Le système des grandes écoles ne rétablit pas les différences sociales. Bien au contraire, il les accroît. Les classes préparatoires aux Grandes écoles ont déjà opéré une sélection sociale. Elles sont plus discriminatoires dans leur composition sociologique que l’Université. Michel Euriat et Claude Thélot ont déjà établi que, dans notre société, compte tenu des effectifs de jeunes dont le père est cadre supérieur (ou professeur) et de jeunes dont le père est ouvrier, les premiers ont environ 17 fois plus de chances que les seconds d’être admis dans une classe préparatoire aux grandes écoles et 7 fois plus d’être admis à l’université. Avant même la sélection par un quelconque concours, le portrait social des candidats est socialement dominé par les classes supérieures. Les inégalités sociales s’accentuent dans les grandes écoles. Michel Euriat et Claude Thélot ont analysé la composition sociologique de quatre Grandes écoles : l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales (HEC), l’Ecole Normale Supérieure (Normale Sup), l’Ecole Normale d'Administration (ENA) et l’Ecole Polytechnique (X) sur une période de quarante ans. Leurs conclusions sont claires : Non seulement ces grandes écoles sont largement plus discriminantes que l’université, mais les chances pour les étudiants aux origines sociales modestes de les intégrer ont stagné depuis les années 50. En effet, dans les prépas, les classes sociales supérieures sont sur- représentées tandis que les classes populaires sont nettement minoritaires. Les Grandes Ecoles et donc les prépas sont des établissements socialement discriminants. En étudiant le portrait social des candidats en classes préparatoires en 1998, on remarque que les enfants de cadres et de professions intellectuelles supérieures sont deux fois plus nombreux qu’à l’université.
En étudiant les "odds ratios" (rapport entre la probabilité de réussite et la probabilité d’échec), à première vue, il y a bien une inégalité des chances entre les étudiants, inégalité déterminée par leurs origines sociales. Cette inégalité des chances est conforme à ce qu’on pouvait attendre. Plus un étudiant vient d’un milieu modeste plus ses chances de réussite diminuent. Deux groupes d’étudiants ont plus de chances de réussir que l’ensemble des candidats : les enfants des professions de l’enseignement (en effet les enseignants ont une facilité d’accès, ils connaissent les meilleurs parcours pour leurs enfants et cela leur permet d'intégrer les meilleures écoles, ils connaissent les "stratégies" à suivre) et les fils et filles de cadres et de professions intellectuelles supérieures : leurs odds ratios s’élèvent respectivement à 19.5% et 13.5%. Trois groupes d’étudiants ont des odds ratios relativement similaires mais en dessous de celui obtenu pour l’ensemble des candidats : les enfants dont le père est chef d’entreprise (10.5%) ou exercent une profession intermédiaire (11.5%). La catégorie autre a autant de chances de réussir que les fils de chef d’entreprise. Enfin, les trois groupes restants ont nettement moins de chance de réussir que l’ensemble des candidats : les enfants d’employés (7%), d'artisans ou de commerçants (7%) et d’ouvriers (3%). Les constats de cette étude confirment que les prépas  ne sont pas neutres socialement, il faut donc trouver les causes de l’inégal accès aux prépas.

             

 

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